Grille des salaires des profs : jusqu'à 3 370 € d'écart rien que sur la prime d'attractivité

En France, le salaire d'un enseignant titulaire dépend de trois éléments qui se combinent : son corps (professeur des écoles, certifié, agrégé, PLP, PEPS, CPE), son grade (classe normale, hors-classe, classe exceptionnelle) et son échelon, qui progresse avec l'ancienneté. Un professeur certifié en tout début de carrière touche un traitement brut proche de 1 944,50 €, quand un agrégé en fin de classe exceptionnelle dépasse les 5 277 € brut, primes non comprises. Entre les deux, la grille indiciaire fixe des paliers précis, complétés par des indemnités qui pèsent parfois plusieurs centaines d'euros par mois. Voici comment se lit cette grille, corps par corps, et comment retrouver concrètement son propre montant.
Comment se compose le salaire d'un professeur : traitement indiciaire et indemnités
La base de la rémunération, c'est le traitement indiciaire. Chaque échelon correspond à un indice majoré, et ce chiffre est multiplié par la valeur du point d'indice pour obtenir le traitement brut mensuel. Concrètement, deux enseignants au même indice touchent strictement le même traitement de base, quel que soit leur ancienneté générale dans la fonction publique : seul l'indice compte pour ce calcul.

À ce traitement s'ajoutent des indemnités qui ne sont pas de simples bonus symboliques. L'ISAE (indemnité de suivi et d'accompagnement des élèves), versée dans le premier degré, représente 2 550 € bruts annuels depuis le 1er septembre 2023. Une prime d'équipement informatique de 176 € bruts annuels vient compléter l'ensemble, censée couvrir l'achat ou l'entretien de matériel utilisé pour la préparation des cours. Ces montants s'ajoutent au traitement indiciaire mais ne progressent pas de la même façon selon l'échelon.
La distinction entre brut et net tient justement à cette double nature de la rémunération. Le traitement indiciaire est soumis aux cotisations de pension civile en plus de la CSG et de la CRDS, alors que les indemnités ne supportent que la CSG et la CRDS. C'est pourquoi deux enseignants avec un traitement de base identique mais des primes différentes peuvent avoir un écart de net qui ne correspond pas exactement à l'écart de leurs indemnités brutes.
Professeurs des écoles : une progression sur 11, 7 puis 5 échelons
Le corps des professeurs des écoles suit la même architecture à trois grades que les autres enseignants du premier et du second degré. La classe normale compte 11 échelons, la hors-classe 7 échelons, et la classe exceptionnelle 5 échelons. Chaque passage d'un grade au suivant s'accompagne d'un gain d'indice, donc de traitement brut, indépendamment des primes.
C'est dans ce corps que la prime d'attractivité prend le plus de poids en proportion du salaire de départ. Elle varie de 400 à 3 370 € bruts annuels selon l'échelon, sur les échelons 1 à 9, avec un mécanisme dégressif : plus l'indice de l'enseignant est élevé, plus la prime diminue, la logique étant de renforcer l'attractivité des débuts de carrière plutôt que de récompenser l'ancienneté déjà valorisée par la progression indiciaire elle-même.
Certifiés, PLP, PEPS, CPE : la grille détaillée échelon par échelon
Ces quatre corps partagent une grille indiciaire commune, ce qui simplifie la lecture pour un professeur certifié, un professeur de lycée professionnel, un professeur d'éducation physique et sportive ou un conseiller principal d'éducation.
Classe normale : de 1 944,50 € à 3 337,65 € brut
Sur les 11 échelons de la classe normale, l'indice majoré s'étale de 395 au premier échelon à 678 au onzième. Cela correspond à un traitement brut allant de 1 944,50 € à 3 337,65 €, soit un net de 1 543,34 € à 2 649,08 € avant impôt sur le revenu. L'écart entre le début et la fin de la classe normale représente donc un peu plus de 1 100 € brut mensuels, uniquement sur le traitement indiciaire.
Hors-classe et classe exceptionnelle : le second et troisième palier
Le passage en hors-classe fait grimper l'indice de 629 à 826, pour un brut compris entre 3 096,43 € et 4 066,22 €. La classe exceptionnelle, réservée aux enseignants ayant occupé certaines fonctions ou justifié d'une ancienneté suffisante en hors-classe, va jusqu'à l'indice 977 au dernier échelon (HEA3), soit un traitement brut de 4 809,56 €. Entre le premier échelon de la classe normale et le sommet de la classe exceptionnelle, l'écart de traitement brut dépasse ainsi 2 800 € mensuels.
Agrégés : un écart de rémunération qui se creuse au fil de la carrière
La grille des agrégés démarre plus haut et progresse plus vite que celle des certifiés. En classe normale, l'indice va de 455 au premier échelon à 835 au onzième, pour un traitement brut de 2 239,87 € à 4 110,52 €, soit un net de 1 777,78 € à 3 262,51 €. Dès le premier échelon, l'écart avec un certifié débutant dépasse 295 € brut mensuels, et il ne cesse de s'accentuer ensuite.
La hors-classe des agrégés porte l'indice de 805 à 977 au troisième échelon de la classe HEA (HEA3), pour un brut de 3 962,84 € à 4 809,56 €. Au sommet de la classe exceptionnelle, l'indice atteint 1 072 au troisième échelon de la classe HEB (HEB3), soit un traitement brut de 5 277,22 € et un net de 4 188,52 €. Un agrégé en fin de carrière touche donc, sur le seul traitement indiciaire, près de 470 € brut de plus qu'un certifié au même niveau de grade et d'échelon.
Prime d'attractivité, Pacte enseignant et durée réelle entre deux échelons
Pour les certifiés, PLP, PEPS et CPE titulaires, la prime d'attractivité suit elle aussi une logique dégressive, mais avec des montants différents de ceux des professeurs des écoles : elle démarre à 2 130 € bruts annuels au premier échelon, grimpe jusqu'à 3 370 € au troisième échelon, puis redescend progressivement jusqu'à 400 € aux échelons 8 et 9. Pour les enseignants contractuels, le calcul se fait directement sur l'indice de rémunération : la prime va de 700 € bruts annuels pour un indice supérieur ou égal à 601, jusqu'à 1 500 € bruts annuels pour un indice inférieur ou égal à 408.
Le Pacte enseignant est un complément distinct : chaque mission assurée dans ce cadre est rémunérée 1 250 € bruts, et les missions sont cumulables, ce qui permet à un enseignant volontaire d'ajouter plusieurs fois ce montant à sa rémunération annuelle selon le nombre de missions acceptées.
Reste la question du rythme de progression, souvent sous-estimée. Depuis le décret n°2017-789 du 1er septembre 2017, qui met en œuvre le protocole PPCR, le rythme d'avancement d'échelon est unique pour tous, mais la durée réelle passée à chaque échelon n'est pas constante : elle varie généralement d'un à quatre ans selon le palier, le passage du neuvième au dixième échelon nécessitant par exemple quatre années pleines. Une bonification d'un an d'ancienneté est aussi possible aux sixième et huitième échelons, ce qui accélère ponctuellement la progression de certains enseignants. Deux enseignants entrés la même année peuvent ainsi afficher un écart d'un ou deux échelons dix ans plus tard, selon qu'ils ont bénéficié ou non de ces accélérations : appliquer une progression linéaire à son propre cas conduit souvent à sous-estimer ou surestimer son revenu futur.
Pour retrouver précisément sa situation, mieux vaut donc croiser trois informations : son corps, son grade actuel et son échelon exact, visible sur son dernier bulletin de paie ou dans son espace de gestion de carrière. C'est la combinaison de ces trois données, appliquée aux indices détaillés ci-dessus, qui permet de reconstituer un traitement brut fiable, puis d'y ajouter les primes réellement perçues pour obtenir une estimation réaliste du net.